PIERRE CHASSAING – Marionnettiste ambulant

L'émotion au bout des fils

 

Regarder Pierre Chassaing à l’oeuvre, donner vie aux petits êtres qu’il a taillé dans le bois de ses mains expertes, c’est s’emplir d’une douceur et d’une poésie à nulle autre pareille. Ce fabricant et montreur de marionnettes force le respect et l’admiration en parvenant à déclencher telle émotion du bout de ses doigts, au bout de ses fils. En mars 2011, il était l’invité des Rencontres Ré’percutantes qui se déroulaient à Cahors.

 

Sophie défend le droit à la paresse, le petit Félix n’aime pas les OGM. Nino est la joie de vivre incarnée, Valentine fait la belle. Angelo est un casse-cou, Eve est danseuse de souplesse. Papy Marcel dit Peppe Marcello est le doyen, il est né à l’âge de 80 ans il y a 30 ans, il a des trous de mémoire et est un peu dur d’oreille, Paddy joue du violon, du fiddle… Et Félicien, le géniteur de ces marionnettes à fils, mi Gepetto, mi Charlot, les trimballe dans son chariot pour leur donner vie sur les pavés des ruelles dans les allées des marchés ou sur le boulingrin.


Félicien, c’est pour la rue, le véritable nom de ce musicien marionnettiste ambulant est Pierre Chassaing. Un sculpteur, fabricant et montreur de marionnettes au talent remarquable. Un magicien qui instaure un lien sensible et tendre avec les créatures en bois de tilleul qu’il imagine et conçoit. Avec son chapeau et son violon, ce vagabond qui a pris la route jeune se pose là où les passants se trouvent pour des animations de rue et spectacles, le plus souvent improvisés. Sophie, Nino, Angelo et les autres y véhiculent des choses simples à travers des personnalités propres, variantes de son autoportrait. Animées, ces figurines suscitent auprès des petits comme des grands du plaisir, de l’émerveillement et de l’émotion. Beaucoup de douceur et de poésie se dégagent des spectacles de Félicien que l’œil du public dirige. Rien n’est dit, ce qui est transmis est juste suggéré. On y trouve un petit clin d’œil au cirque (avec le funambule et l’échassier) ainsi qu’une évocation des petits métiers de rues. « Ce sont de petites choses sans tambour ni trompette, qui ne sont pas basées sur des effets mais qui frétillent de vie ! » décrit Pierre avant d’ajouter: « ça parle au coeur ! ». Un retour à une simplicité choisie et éthique. Car, pour lui, « les marionnettes sont les premières à parler de décroissance puisqu’elles ont choisi de rester petites ».


Quand il joue dans la rue, l’absence d’autorisation et de sonorisation tout comme la part d’imprévisible et d’incontrôlable dans le jeu des fils confèrent aux performances de Pierre une touchante fragilité et le charme de l’authentique. Une ambiance de petite misère pour un art populaire qui s’adresse à tous !

 

Besoin vital d’imaginaire

 

Cet homme de 57 ans, « au costume de clochard céleste qui vagabonde » comme il aime à se définir, a fabriqué sa première marionnette à l’approche de ses 30 ans. Depuis, il a présenté en France et en Europe une quinzaine de spectacles différents, dans diverses formules, accompagné par d’autres artistes de rue et seul (Le cours de marionnetologie élémentaire, La Manufacture des marionnettes à fil en bois du Quercy…).
Originaire de Vichy et installé depuis 1995 à Promilhanes, dans l’ancienne école où l’on peut visiter sur rendez-vous sa Maison de la Marionnette, cet artiste autodidacte a d’abord touché à la photographie, puis à la musique (musicien dans des bals folks) avant de faire de la sculpture sur bois et des marionnettes. La forme arrondie, marque de fabrique de ses sculptures est « plus douce », c’est pourquoi il l’a choisi. Le bois ? Parce que « c’est du vivant » et parce que Pierre a habité en forêt. La marionnette ? « Parce que le marionnetiste refait le monde à son image » et par « besoin vital de l’imaginaire » dont il a été privé enfant. Une cinquantaine de marionnettes au total peuple son univers poétique. Elles sont le moyen par lequel il échange et partage avec autrui.

 

CONTACT : Maison de la Marionnette – Jantilhou – Promilhanes –

Pierre Chassaing

 

DU TAC O TAC ! Un film : « La Strada » de F. Fellini  La révolte du moment : « Indignons-nous ! », comme le dit Stéphane Hessel. Le lot en 3 mots : Bulle hors de l’agitation.

 

(Article écrit par Angélique Garcia paru dans le numéro de mars 2011 de la RouLOTte)